Blogs et Web2.0 : enthousiasmes et craintes
Mon aggrégateur de flux RSS vient de me proposer 2 billets tout à fait contrastés sur l’explosion des blogs et du web2.0. Pour l’un, c’est le moyen pour chacun de faire entendre sa voix. Pour l’autre, nous entrons dans un âge de médiocrité.Morceaux choisis par votre serviteur :
Le blog comme moyen d’expression du talent de chacun.
Texte publié par un blogueur qui n’a eu que le temps d’écrire son article avant que son blog soit suspendu pour violation des termes d’usages par Wordpress. Repéré par Francis Pisani.“…The discipline of blogging, and the concomitant comments you receive from readers, will improve your thinking, researching, writing, editing, graphic design, and editing skills. You are in total control. You are writer, editor, publisher, and marketing expert. (…)
“The blog represents the first time in human history that any individual can have a voice on a level playing field with government, religion, and corporations.
Blogs et web2.0 : l’âge d’or de la médiocrité
Texte publié par ThierryCrouzet, ingénieur, journaliste et écrivain et éditeur du blog Le peuple des connecteurs. Crouzet est spécialiste de l’impact des réseaux et des nouvelles technologies en particulier sur la politique.“il y a une différence fondamentale entre la possibilité de tout dire et le fait de dire n’importe quoi. Malheureusement, le web 2.0 nous pousse souvent vers le n’importe quoi. Comme nous avons les moyens de nous exprimer, nous nous exprimons coûte que coûte même si nous n’avons rien à dire.
Nous ne vérifions plus les informations que nous diffusons.
Nous ne remontons plus aux sources.
Nous devenons des maîtres du copier-coller, pour ne pas dire du remix.
Nous commentons un article après avoir lu en diagonale, sans même chercher à connaître la pensée de l’auteur, nous nous faisons des opinions à l’emporte pièce.
Le prix du ticket d’entrée est si bas que tout le monde entre. Par le passé, si un auteur nous déplaisait, nous prenions notre temps avant de lui écrire. Nous le lisions avec attention, nous nous renseignons sur lui… en deux mots, nous travaillions avant de lâcher la cavalerie.
Maintenant nous ne prenons plus le temps de la réflexion, nous nous moquons de paraître stupide, nous nous en moquons puisque notre commentaire sera noyé dans des centaines d’autres tout aussi médiocres et passera sous les yeux de lecteurs tout aussi superficiels que nous. Nous devenons des spammeurs. Le web 2.0 est un univers de trolls. Je parle bien sûr en termes statistiques car il existe des îlots de quiétude. “
Je vous laisse vous faire votre propre opinion sur ce sujet. Il y a bien entendu beaucoup de contenus sans valeur parmi tout ce qui est publié. Quand Crouzet dit que le prix d’entrée est si faible que tout le monde y va, c’est tout à fait juste. Mais comme le disait Technorati sur sa page d’accueil : “55 millions of blogs. Some have to be good”.
Le blog a donné la parole à des experts de très haute qualité. Certains auraient de toute façon écrit ? Oui mais pas tous. Et on a le droit de rêver à la belle histoire de l’auteur qui s’est révélé grâce à son blog.
La question est donc bien de distinguer la crème du lait. Les mécanismes sociaux du web2.0 le permettent-ils ? Pas sûr. Crouzet rappelle que “ce n’est pas parce que tout le monde lit une news que cette news est intéressante. Tout le monde la lit parce qu’elle a été mise en avant et que tout le monde l’a cliquée faisant en sorte qu’elle reste en avant”. Pour lui, “les prochains services 2.0 devrons rétablir la confiance, favoriser la qualité, la véracité, les travaux profonds au profit du tout venant.” Quant à ce qu’il appelle le 5ème pouvoir (celui des internautes), “il peut sélectionner, peut filtrer, mais il faut s’appuyer sur son intelligence plutôt que sur ses comportements de masse comme nous y habitue Google”.
Une évolution essentielle si on ne souhaite pas voir le web2.0 se lasser dans sa médiocrité ?